La scripte (...) Sa formation est importante car ce poste d’observation est au carrefour de presque toutes les disciplines du cinéma et se doit donc de les connaître, notamment l’ensemble de la post-production pour prévenir ce qui peut manquer et imaginer toutes les libertés possibles pour le montage à venir. Bruno Podalydès

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Interview de Fernanda Luz, scripte Brésilienne

Réalisée par Claudia Neubern

Publié le 2 mai 2019

Dans le cadre des Rencontres avec des scriptes « étrangères », nous vous proposons d’aller à la rencontre de Fernanda Luz, scripte brésilienne vivant à Rio. Au cours de cette interview, nous découvrons un parcours riche qui commence dans les années 1990 au brésil, pays où l’intermittence et la formation n’existent pas et où les inégalités empêchent certaines classes sociales d’accéder à ce métier. Même si certains défis semblent différents, d’autres restent similaires aux nôtres quand il s’agit de la place du scripte et de sa reconnaissance. Interview ici

Interview Fernanda Luz - scripte à Rio, Brésil.

Note préalable :

Il est important de préciser qu’au Brésil le système de l’intermittence n’existe pas. La majorité des techniciens (scriptes inclus) qui interviennent sur des oeuvres audiovisuelles/cinématographiques, ont un statut de "micro-entreprise autonome" et émet des factures pour être payé. Sont néanmoins salariés, ceux qui travaillent comme employés fixes d’une production et/ou chaîne de TV

Il n’existe aucune formation universitaire pour notre métier, assez méconnu d’ailleurs. Ils existent quelques écoles privées qui effleurent le métier de scripte en mode "survol", dans le cadre de cours de Mise en scène.

Il faut noter aussi que le Brésil est un pays très inégalitaire. Notre métier n’a aucune chance d’être exercé par une personne d’origine modeste.

Quel a été votre premier contact avec le métier ?

Pendant la période du lycée, j’ai fait en parallèle à mes études, plusieurs courtes formations d’assistante - réalisateur, d’assistante de production etc

Je me cherchais et j’avais surtout envie de faire du théâtre. J’ai essayé, et me suis vite fatiguée des comédiens et de leur façon de fonctionner. À l’époque, ma mère faisait de la production exécutive. J’ai commencé à m’intéresser davantage au cinéma, à l’accompagner aux festivals, aux projections… Grâce à son métier, j’avais naturellement plus de contact avec le monde du cinéma.

Au cours de l’une de ces courtes formations que je suivais, une scripte m’a proposé de faire un stage sur un long métrage sur lequel elle travaillait. Elle m’a « adoptée ». J’ai fait deux longs métrages avec elle en tant que stagiaire rémunérée. D’abord pour une co-production internationale, France – Brésil et ensuite sur un film de Cacá Diegues, réalisateur brésilien très connu.

Ma première aventure toute seule en tant que scripte fut sur un court métrage de Monique Gardenberg, et dès qu’elle a fait son premier long, elle m’a appelée. C’était au début des années 90.

Ensuite, Cacá Diegues m’a appelé pour son film suivant et ça y est… c’était parti. Les expériences se sont enchainées. Depuis, je n’ai plus jamais arrêté. J’ai réussi à gagner ma vie avec ce métier.

Je n’ai pas été dans une école de cinéma. Tout ce que j’ai appris, je l’ai appris sur le plateau. Je n’ai suivi aucune formation de scripte (fac, école, etc… ).

Pendant les années 90, le président Collor a fermé l’Embrafilme, l’institut qui s’occupait du cinéma, un équivalent du C.N.C. Je suis alors partie vivre à Paris pendant environ trois ans.

Puis, j’ai eu envie de rentrer au Brésil, mais à cette période là, il n’y avait pas de production cinématographique dans le pays. Du coup, je suis allée travailler pour la télé, à la Rede Globo (la chaîne nationale privée, très riche et puissante). J’y ai fait quelques télé-novelas (soap opéras). Un an après, j’ai décidé d’arrêter car j’étais une simple exécutrice, je m’ennuyais et je ne progressais plus dans le métier. J’ai alors démissionné et suis partie à New York.

J’ai passée trois mois là-bas à me nourrir de culture, à aller aux musées, etc. J’ai rencontré des étudiants de la NYU ( New York University) qui préparaient leurs films de fin d’étude et avaient besoin d’une scripte. Presque personne ne voulait faire ce travail et j’ai accepté. Aucun étudiant ne considérait ce métier comme un but en soi. Les gens pensaient plutôt réaliser, être directeur photo etc ... C’est ce que j’ai remarqué. Mais moi, j’étais fière d’occuper cette place de scripte. A New York, j’ai découvert un livre qui m’a beaucoup appris sur le métier de scripte . Il s’appelle SCRIPT SUPERVISOR AND FILM CONTINUITY de Pat. P. Miller. Je le recommande à tous ceux qui s’intéressent à ce métier et aiment cette profession. Je rajouterais aussi le livre d’interview Hitchcock-Truffaut

Je suis retournée au Brésil dans le courant des années 90. En tant que scripte je ne pouvais pas faire grand chose car il y avait surtout des tournages de vidéo-clips. Je connaissais quelques personnes qui à l’époque, dans ce contexte, ont dû renoncer au désir impossible de faire du cinéma et se sont retournés vers la réalisation de publicités. C’était le seul moyen pour gagner sa vie. Je suis donc devenue assistante réalisatrice sur des pubs. Je gagnais assez bien ma vie mais j’ai commencé à m’ennuyer sérieusement et je n’aimais pas être assistante réal. Je préfère de loin le métier de scripte. Nous sommes à coté du réalisateur-trice, à une place privilégiée, nous apprenons à interpréter leur langage, nous suivons chaque pas de la création.

Note de la traductrice : La reprise du cinéma brésilien a commencé dans les années 2000. Des films comme " La cité de Dieu", de Fernando Meirelles et Kátia Lund, en 2002 ont été significatifs pour relancer la machine du cinéma dans le pays.

Quelles sont les conditions de travail pour une scripte au Brésil ?

Depuis quelques années, je ne peux plus être employée par une production et ainsi être salariée. Nous, techniciens, sommes travailleurs indépendants. Je suis obligée d’avoir une entreprise même si je suis la seule employée.

Nous n’avons pas de grille de salaire. Chacun vend son « poisson » comme il peut. C’est un corps à corps. Chacun pour soi. Depuis que nous ne travaillons plus comme salariés, les syndicats ont perdu leur raison d’être. Avec une vingtaine d’autres scriptes, nous avons un groupe de discussion et d’échange sur facebook. Il n’existe pas d’association professionnelle pour les scriptes au Brésil. Quand je négocie mon salaire, je me base sur une valeur que je détermine par rapport à mes besoins et à ce que je connais comme pratique courante sur le marché. Chaque film est un cas particulier et je fonctionne comme ça, au cas par cas.

Au Brésil, on bénéficie d’un chômage ridicule, une misère, impossible de compter dessus. Nous avons intérêt à enchainer les projets.

Actuellement je travaille sur une série qui va durer au moins six mois. Dans ma période de pause, je jongle et participe, par exemple, à un long-métrage tourné dans le Nord du pays à propos du travail d’esclave. Un film politiquement très important.

La préparation d’un long-métrage est d’environ une semaine.

Pour une série de six semaines, on a environ deux semaines de préparation. Cela inclus les lectures techniques, le minutage, les lectures avec les comédiens, etc..
Nous, en tant que scriptes, n’avons pas l’habitude de participer au découpage technique pendant la préparation. C’est regrettable qu’ on ait une préparation si courte.

Les Stagiaires / assistants

J’ai eu quelques stagiaires mais c’était souvent des personnes qui ne sont pas intéressés par le métier. Pour eux c’était un passage, une curiosité, une découverte et ils sont partis faire leurs vies ailleurs. Je n’ai plus la patience d’enseigner, de vérifier tout après la journée de travail, etc… C’est comme faire deux fois le travail. Je préfère être seule.
Evidemment dans les cas des séries, nous sommes deux scriptes. Une travaille avec l’équipe principale et l’autre avec la deuxième équipe. Quand je suis la scripte principale, j’arrive en amont, je chapote le travail dans son ensemble, bien sûr. Dans ce cas, avec l’autre scripte nous ne travaillons pas sur les mêmes plateaux mais nous sommes quotidiennement en communication .

Au Brésil, il existe seulement une petite poignée de garçons scriptes.

Le Matériel

Je n’utilise pas l’IPAD. Cet outil ne me plaît pas. Je travaille avec mon ordinateur que je transporte partout. J’ai crée mes propres rapports et je travaille à partir de ça. Chaque journée finie, j’envoie le tout sur le icloud. Je photographie avec mon iphone. J’ai l’habitude de beaucoup photographier : je ne fais pas seulement des photos des raccords, mais j’aime faire de photos de plateau. J’ai donc besoin d’une mémoire de stockage importante.
Par rapport au polaroid, le numérique m’a permis de photographier d’avantage, autant que je veux… C’est génial.

Comment tu vois l’avenir de ce métier ?

Ici au Brésil, c’est courant qu’on fasse des films sans scriptes. Après, certains réalisateurs le regrettent, mais là encore ça dépend, chaque film est un cas particulier. Je me considère comme un pont entre le scénario, le plateau et le montage. Je suis une technicienne. Je ne suis pas une artiste. Je n’ai jamais voulu être ailleurs que sur un plateau. Ce poste de scripte me satisfait et me correspond parfaitement. Je trouve fascinant qu’on soit toujours en train d’apprendre.

Je n’ai pas de relation directe ou particulière avec le montage. J’organise bien le travail et d’habitude ils n’ont besoin de rien. Des fois, s’ils ne retrouvent pas une information, ils demandent par email et je leur répond .
J’ai une grande complicité avec tous les autres collaborateurs sur le plateau d’un film, le chef-op, l’ingénieur du son, l’accessoiriste, les habilleuses, les maquilleuses, etc

J’adore ce que je fais, surtout le travail autour du langage. La fonction du scripte ne se résume pas au jeu des « sept erreurs » !

Les personnes ont du mal à imaginer la complexité de notre métier.

Propos recueillis et traduction Claudia Neubern

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