Sensible aux aspects plus poétiques, plus lyriques, plus latins du jeu, du film, de l’émotion, la scripte est aussi quelqu’un qui a des considérations techniques : la durée, l’efficacité, le fil narratif de l’histoire. C’est la personne dont je sollicite l’opinion en premier. Xavier Dolan

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La « conscience » du réalisateur

Scripte, travailleur de l’ombre

Publié le 17 août 2016

La Presse+, magazine québécois en ligne, lève le voile sur le métier de scripte.
Le témoignage de Thérèse Bérubé, esquisse un joli portrait de ce métier de l’ombre.

Le texte à lire ICI , ou en accès direct

Jozef Siroka - La Presse

Dans les premiers instants de La nuit américaine de François Truffaut, classique sur les aléas d’un tournage cinématographique, le réalisateur interpelle la stagiaire scripte et lui déclare : « Vous verrez, c’est un métier formidable. » Cette dernière ne semble pas convaincue, et finit par quitter le plateau sans avertissement au profit d’une romance impromptue. Un geste qui choque la scripte en fonction et véritable héroïne du film, spécialiste de la gestion de crise, qui sort cette réplique mémorable face à la caméra : « J’ai déjà quitté un homme pour un film, mais jamais je ne quitterai un film pour un homme. »

Le rôle de scripte est aussi discret que crucial. « On n’est pas dans un métier glamour, mais on est vraiment sur la première ligne », affirme Thérèse Bérubé, scripte qualifiée de légendaire dans le milieu, qui roule sa bosse depuis la fin des années 70. « On fait partie du noyau avec le réalisateur, l’assistant-réalisateur et le directeur photo. C’est vraiment ces quatre personnes qui prennent des décisions en continu. »

UN PIVOT SUR LE PLATEAU

« La scripte, c’est vraiment un pivot sur un plateau de tournage. Tous les départements ou presque se réfèrent à elle parce que, souvent, le réalisateur, on essaie de le ménager, explique Thérèse Bérubé. Elle est à côté de lui en tout temps, et elle est souvent au courant de toutes ses décisions et pensées. Elle est à la fois sa mémoire et son bras droit. »

Selon la définition française traditionnelle du métier, « le travail de scripte consiste à s’assurer du déroulement logique de tous les éléments d’un film. À s’assurer de la continuité sur le plan technique, sur le plan d’éléments comme les décors et les accessoires, sur le plan de l’apparence, de même que sur le plan dramatique comme l’action, le mouvement des personnages, l’expression, la direction des regards, etc. ».

« Si la scripte a bien fait son travail, le monteur peut monter le film sans problème. »

— Thérèse Bérubé, scripte

Thérèse Bérubé use d’un exemple anodin mais typique pour décrire la minutie de sa fonction. Une actrice dont les cheveux sont derrière les oreilles dans une scène, et qui se retrouvent par-dessus dans la suivante ; un détail visuel perturbateur qui ne doit pas passer inaperçu au regard de la scripte, faute de quoi les raccords au montage seront incongrus.

Passionnée de photographie dans sa jeunesse, Thérèse Bérubé a toujours été fascinée par l’image. Elle a étudié le cinéma à l’UQAM, avant de travailler dans le centre d’artistes Vidéographe, « jusqu’à ce qu’[elle se] sente mûre pour le métier ». Elle a par la suite demandé les coordonnées de « la meilleure scripte à Montréal » à l’époque, Monique Champagne. « Je l’ai appelée et je lui ai dit que je pouvais être chez elle en dedans de cinq minutes. »

Thérèse Bérubé n’a aucun complexe à exercer un métier de l’ombre.

« Je n’ai jamais voulu être réalisatrice, j’ai toujours voulu aider un réalisateur à faire le meilleur film possible à partir d’un scénario donné. »

— Thérèse Bérubé

La profession de scripte a gagné en stature avec les années, mais demeure néanmoins profondément féminine, surtout au Québec.

Dans les débuts du cinéma, une scripte, c’était en fait une secrétaire qui travaillait sur le plateau. Finalement, le métier s’est forgé… Il y a quand même beaucoup plus d’hommes que de femmes qui sont réalisateurs, surtout dans le temps. Peut-être qu’ils préféraient avoir une femme assise à côté d’eux à longueur de journée », conclut Thérèse Bérubé.

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Gaz Bar Blues (2003) de Louis Bélanger

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L’arrache-cœur (1979) de Mireille Dansereau

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